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Armes de défense en vente libre : pour ou contre ?

lundi 1er décembre 2008, par Emeline Marceau

L’arrivée controversée du Taser et de son petit frère le Stoper C2 sur le marché des armes défensives font polémique. Leur caractéristique non létale est remise en cause.

A l’heure où les Français se sentent de moins en moins en sécurité devant la montée de la délinquance, l’arrivée d’une nouvelle arme, le Taser X26, puis de celle de son petit frère le Stoper C2, font l’objet d’houleux débats. Leurs partisans parlent d’équipements défensifs révolutionnaires alors que leurs détracteurs dénoncent leur dangerosité. Qu’en est –il exactement ?

Apparu en France en 2004, le Taser X26 est un objet qui ressemble à un pistolet en plastique, que seules les forces de l’ordre sont habilitées à utiliser, moyennant une formation d’apprentissage. Mais méfiance, car le principe de cet objet n’a pourtant rien à voir avec celui d’un gadget : un lanceur projette deux aiguilles reliées à des fils libérant une décharge électrique de 50 000 volts au contact d’une cible placée à moins de six mètres. Le choc est tel que pendant cinq secondes, la personne touchée reste à terre.

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Le taser peut-il tuer ?

Conçu pour éviter tout contact physique avec des suspects violents, le Taser X26, qualifié « d’équipement anti-bavure par excellence » selon l’entreprise Taser, s’avèrerait comme l’appareil le plus efficace « pour garantir la sécurité des policiers ». Selon le site Taser.fr, leurs blessures ont en effet baissé de 80% et celles des suspects de 70% ! En France, ce pistolet laser est déjà distribué à plusieurs milliers de policiers. A Paris, 1000 fonctionnaires peuvent le tester.

Alors que SMT Technologie, la société fabricante de l’appareil, et la majorité des forces de l’ordre vantent les bienfaits de cette arme, certains corps professionnels médecins, associations humanitaires, etc), dénoncent, au contraire, sa dangerosité. Les critiques se sont intensifiées après l’annonce de la mort d’un immigrant polonais, victime de deux décharges du pistolet électrique et de celle d’autres cas mortels survenus en Amérique. « Aux Etats-Unis, les médecins légistes ont prouvé le lien entre la mort de 20 personnes et l’utilisation du Taser » révèle Benoît Muracciole, membre de la commission armes d’Amnesty International France. « La société Taser a même reconnu il n’y a pas longtemps la létalité réduite de ce produit ! Amnesty publiera un rapport le 16 décembre là-dessus. ».

Un pistolet pour tous

La polémique s’est amplifiée depuis que le groupe Taser France a mis à disposition des particuliers depuis mars 2007 une version moins puissante de l’arme. Appelée Stoper C2 et déjà vendu à 3000 clients aux prix de 499 euros sur le site stoper.fr, celle-ci est avant tout destiné à la gente féminine. « Elle est là pour tenter d’éradiquer le phénomène de violences contre les femmes » affirme Antoine di Zazzo, PDG du groupe.

Mais la libre vente de ce type d’appareil peut s’avérer nuisible : « Même si son port est autorisé, cette arme reste du même acabit qu’une bombe lacrymogène dont le port est prohibé en temps normal (…). Je crains qu’on l’utilise à tort et à travers, pas seulement qu’en cas de légitime défense » développe Bernard Charles, policier dans le commissariat du 17e arrondissement. « Le danger, c’est que si sa commercialisation vient à s’étendre dans Paris puis partout en France, les gens finiront par se méfier de tout. On reproduira le modèle américain, chacun cachera une arme sous son lit. Cela fait peur ! », pense Julie Biraud, jeune employée dans un magasin de prêt-à-porter parisien. « Une agression au Stoper peut tout d’un coup se transformer en une situation extrême si plusieurs individus y sont confrontés. Le risque de torture est énorme ! » déplore Benoît Muracciole.

De son coté, Antoine Di Zazzo tient à rectifier le tir et à atténuer le risque que l’on présente de ses produits. "Ce sont des appareils électroniques sans danger qui ne font qu’enlever de la puissance musculaire. Ils sont donc très différents de ceux que l’on trouve en vente libre dans certains magasins ou sur internet qui, eux, sont électriques. Leur vente est totalement scandaleuse car certains de ces appareils atteignent un million de volts et peuvent véritablement tuer quelqu’un !" Une réalité que, selon lui, tairaient pourtant certaines associations…


Comment se procurer un stoper C2 ?

Pour acquérir un Stoper C2, il faut contacter la société SMT Technologie au 0800 105 033 ou via le site stoper.fr. « Le client devra passer une évaluation psychologique afin de déterminer ses peurs », explique Antoine Di Zazzo, patron de Taser France. « Si la personne ne présente aucun danger, soit elle passe une formation d’une heure à Paris et un test de simulation d’agression, soit elle reçoit un DVD formatif si elle est provinciale ». Pour obtenir l’arme, « cette personne doit prouver son pacifisme ». Un code est ensuite délivré pour débloquer l’appareil. Par ailleurs, le PDG n’écarte pas, dans un avenir proche, l’idée d’une commercialisation de cette arme dans certains magasins ou armureries de France.

Crédit Photo : One/Million (Flickr)

Emeline Marceau

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